La villa gallo-romaine de Langrolay sur rance : Quand les traces du passé éclairent le présent

La villa gallo-romaine de Langrolay sur rance : Quand les traces du passé éclairent le présent


Une villa gallo-romaine et ses thermes luxueux mis au jour à Langrolay-sur-Rance


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 L’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) a mené depuis le 18 juillet 2016 une fouille à Langrolay-sur-Rance, au lieu-dit Sur les Vaux. Sur ce plateau qui domine la Rance, les archéologues ont mis au jour la partie résidentielle complète d’une vaste villa antique et son établissement thermal, retrouvé dans un état de conservation exceptionnel pour la région.

Prescrite par le service régional de l’archéologie (Drac Bretagne), l’opération fait suite à un diagnostic mené par l’Inrap en 2014. Elle couvre une zone de 2,3 hectares, à l’emplacement d’un futur lotissement aménagé par M. Jean-François Michel (société ARPI).

Une imposante demeure en bord de Rance

Le diagnostic archéologique mené par l’Inrap en 2014 révélait la présence à Langrolay d’un vaste domaine gallo-romain rural de type villa. La fouille en cours a permis aux archéologues d’établir le plan complet de la pars urbana, correspondant à la résidence du maître des lieux. Ils ont ainsi mis au jour plusieurs corps de bâtiments formant un « U » autour d’une cour centrale, bordée sur trois côtés de galeries à colonnades, ainsi qu’un porche d’entrée, une écurie, une probable tourelle et différentes pièces à usage technique.

La cour et les espaces environnants étaient vraisemblablement aménagés en jardins.

Si elle adopte un plan classique de l’Antiquité, la résidence de Langrolay frappe par ses dimensions imposantes : environ 1 500 m² de surface habitable, 120 mètres de galeries. Le corps principal (aile ouest), situé au sommet d’un plateau rocheux, bénéficiait d’un point de vue remarquable sur la Rance. Il disposait de pièces chauffées et d’un étage. Le corps secondaire (aile nord), orienté plein-sud, profitait d’un ensoleillement permanent. L’ensemble a connu plusieurs remaniements entre le Ier et le IVe siècle de notre ère.

Les espaces agricoles (pars rustica) devaient se développer vers le bourg actuel de Langrolay et la grève de Morlet. La villa de Langrolay servait probablement de résidence secondaire à une riche famille de notables habitant à Fanum Martis (l’actuelle ville de Corseul), capitale de cité, distante d’une quinzaine de kilomètres. Le trajet pouvait se faire par route ou par bateau, en remontant la Rance depuis le port antique de Taden, une agglomération secondaire voisine.

Ainsi, les recherches menées à Langrolay contribuent aussi à une meilleure connaissance du territoire des Coriosolites.

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Des thermes luxueux, exceptionnellement conservés

Confirmant le caractère prestigieux de la villa, la fouille a livré des thermes d’une superficie remarquable (environ 400 m²), dans un état de conservation exceptionnel pour la région.

Cet ensemble de bains privés comprend un vestiaire, un pédiluve, deux piscines dont une chauffée, un caldarium (salle chaude) équipé d’une baignoire d’eau chaude et d’un sauna, des salles tièdes pour recevoir les soins et massages, une baignoire d’eau froide. Les archéologues ont ainsi pu reconstituer l’itinéraire précis emprunté par les utilisateurs des thermes.

Ils ont aussi identifié la chaufferie et mis au jour de nombreux éléments du système qui maintenait la température dans les pièces chaudes et bassins d’eau chaude, notamment des pilettes d’hypocaustes (chauffage par le sol), ainsi que des éléments d’architecture (sols suspendus, murs, etc). Les murs et les plafonds des thermes étaient ornés de peintures, parmi lesquelles des enduits à incrustations de coquillages, typiques d’Armorique.

Si des fragments de ce type ont déjà été répertoriés en petites quantités sur une trentaine de sites dans l’Ouest, les fragments recueillis à Langrolay constituent une collection sans précédent. Elle permettra de mieux connaître ce style ornemental régional, qui s’est développé à partir du IIIe siècle. Un spécialiste s’attachera à en reconstituer le décor, probablement un réseau de formes géométriques. La richesse de ces décors confirme le statut important du domaine.

Avec plus de 2 000 collaborateurs et chercheurs, l’Inrap est la plus importante structure de recherche archéologique française et l’une des toutes premières en Europe. Institut national de recherche, il réalise la majorité des diagnostics archéologiques et des fouilles en partenariat avec les aménageurs privés et publics : soit près de 2 000 chantiers par an, en France métropolitaine et dans les Dom. Ses missions s’étendent à l’exploitation scientifique des résultats et à la diffusion de la connaissance archéologique au public.

Photos : Hervé Paitier, Inrap.

"Breizh'o.com info"

 

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